Ça promet!!!
Sept ans après L'Erreur boréale
Richard Desjardins tourne un nouveau documentaire
Brigitte McCann
Le Journal de Montréal
Avec Robert Monderie, il entreprend de raconter la survie des Algonquins de l'Abitibi.
Presque sept ans après L'Erreur boréale, les réalisateurs Richard Desjardins et Robert Monderie se sont engagés dans un nouveau projet. Le tournage de leur prochain documentaire-choc, Le Peuple invisible, débute lundi, en Abitibi.
Cette fois, le duo derrière le documentaire qui a réveillé l'intérêt du Québec pour sa forêt racontera les misères et la survie des 7 000 Algonquins qui y vivent et en dépendent.
Le long métrage destiné aux salles de cinéma devrait sortir en 2007, si tout va comme prévu.
Autrefois nomades et chasseurs, les Algonquins vivent aujourd'hui cloîtrés dans dix communautés concentrées entre Val-d'Or et Mont-Laurier.
Ce peuple méconnu du public compose un véritable «tiers-monde». Les Algonquins sont souvent entassés à huit dans des «cabanes» sans électricité ni eau courante, notamment près du lac Barrière.
Leur seul réconfort, le bois qui les entoure, est constamment amenuisé par l'industrie forestière. «La coupe à blanc, c'est beaucoup plus grave pour eux, raconte Richard Desjardins, rencontré hier. Dans un cas, ils sont allés jusqu'à ramasser un arbre qui servait de corde à linge.»
Pauvreté extrême
Ce documentaire, l'interprète en rêve depuis 40 ans. «Le dernier des Mohicans de la poésie», tel qu'on le surnomme en France, a découvert l'extrême pauvreté des Algonquins à la fin des années 1960, lorsqu'il travaillait à proximité de leur campement d'été.
«Ça faisait dur et tu voyais des enfants malades», se souvient celui qui était alors mesureur adjoint de la Canadian International Paper. «On laissait par exprès des boîtes à lunch sur les piles de bois. Je te dis qu'elles disparaissaient vite !», raconte-il.
Les cinéastes engagés devraient tourner pendant un an pour relater le quotidien des Algonquins, saison par saison. Leur périple les mènera jusqu'au village de Kitcisakik, dont la décrépitude avait ému Gilles Duceppe lors de sa visite, en décembre dernier.
Financé par l'ONF
Le duo disposera d'une «liberté de création totale» pour mener à bien son documentaire, «incontournable» selon Colette Loumède, productrice de l'Office nationale du film, qui finance le projet à 100 %.
L'ONF, qui avait coproduit L'Erreur boréale, a sauté à pieds joints dans le nouveau projet et en est l'unique distributeur.
Les fans de Richard Desjardins retrouveront «le ton du cinéaste engagé», assure Mme Loumède. Il présentera lui-même ses textes-chocs, fruit de deux années de recherche, devant la caméra. «Mais il ne s'agit pas de faire L'Erreur boréale 2, avertit la productrice. Il faut aller plus loin et renouveler la formule.»
La musique du documentaire Le Peuple invisible sera confiée à Claude Fradette, gagnant d'un Jutra pour la musique du film Gaz Bar Blues, dont il est le coauteur.
