Sujet sensible pour moi aussi, pour nous tous dans le fond.
Creirwy Arianrod du Nord wrote:Vrai que cela permet de se définir malgré les heurts et les doutes, si c est vraiment le "bon chemin" pour soi et si l'appel est là au plus profond de soi alors... Pas de questions à se poser sur soi.
Ceci me fait réfléchir, j'ai souvent l'impression que dans le discours "raciste païen", il s'y trouve un certain échapatoire, on préfère se dire qu'il faut être légitime pour appartenir à une foi, plutôt que de savoir si cela fait partie d'une démarche sincère. Que fait-on de l'intégrité?
Des fois, j'ai l'impression que le racisme païen tient le même discours que celui qui se dit païen pour l'image ou pour la popularité. On recherche l'appui d'une autorité, on recherche à se faire dire qu'on a le droit d'être "Païen X".
C'est un discours qui revient très (trop) souvent dans l'Asatru. Comme l'Asatru entretient un très gros culte des ancêtres, les équations se font rapidement : si on fait partie de l'Asatru, c'est parce que les ancêtres sont importants, et qui dit ancêtres dit sang, donc, on doit être de sang germain. Je comprends certes les arguments, je comprends mal la motivation de ces arguments.
Je trouve ces arguments très paradoxals et j'ai du mal avec cela. Comprenez-moi bien, étant moi-même fervente paradoxale, ce n'est pas le paradoxe qui me gêne, mais toutes les barrières qui viennent avec les paradoxes qui m'embêtent. Par exemple, la très grande majorité des Asatruars se disent reconstructionnistes, c'est-à-dire qu'ils ne croient pas être néo-païens (ne croient pas que leur religion a disparu pour revenir) et surtout, ils tiennent mordicus leur bout du bâton en clâmant se fier aux anciens textes pour ériger leurs croyances : si ce n'est pas attesté par l'histoire, ils ne feront pas telle ou telle chose.
C'est là où j'ai du mal, car bien que la recherche de l'authenticité et des anciennes pratiques tient une place importante dans ma foi, je pense qu'il faut vivre à notre époque. À l'époque de nos ancêtres scandinaves, leur religion n'avait pas de nom, à leur époque, le sang et la descendance n'avait pas la même connotation. Pourtant, les exemples où deux hommes de famille différente sont faits frères de sangs sont bien connus, l'adoption aussi l'était. C'est bien preuve que la descendance ne se transmet pas uniquement par le sang, par la chair.
J'ai remarqué aussi, au sein de l'Asatru (je ne sais pas pour les autres), que le racisme s'étire à toutes les sauces : la couleur de la peau, l'orientation sexuelle, les motivations spirituelles, et même aussi le niveau d'intelligence ou de culture personnelle. J'en ai parlé brièvement à Creiwry, mais je viens de lire une discussion où un homme disait à un autre "si tu n'es pas brave ou courageux, les dieux nordiques ne sont pas pour toi". Mais n'est-ce pas là humaniser le Divin et lui octroyer des jugements humains? On dit en effet souvent que parmi les valeurs de l'Asatru, le courage est une valeur principale. Mais moi, je perçois cela comme un code de vie idéal à atteindre et non un état déjà acquis (si nous étions "parfait", aurions-nous "besoin" de spiritualité?). Toujours de cette discussion, on a finit par dire que les malades non plus n'avaient pas leur place dans l'Asatru. Mais quelle est donc la foi qui accueille les malades? Et les paresseux? Je trouve ça bien dommage et absurde qu'on catégorise les gens ainsi, on cherche en fait une élite pour une religion. Mais, il y a 3000 ans et même plus, la religion du Nord était observée par tous, c'était normal, ça allait de soit, pas de religions en petites boîtes dans lesquelles on choisit la religion qui sied mieux à telle ou telle personne.
En 2005, on se trouve avec la télé, la radio, le web. Le monde nous est accessible en quelques minutes, nous habitons des villes cosmopolites, nos voisins sont de toutes les spiritualités, on est ouvert sur les autres depuis nos premiers pas et nos premiers balbutiements.
Et peut-être encore plus pour ceux qui habitent en Amérique, qui ont dans leur arbre des Amérindiens, des Irlandais, des Italiens, des Français et plus encore. On pourrait donc se revendiquer chaman, druide, strega et asatruar, puisque ces quatre sangs coulent en nous.
J'ai aussi remarqué que dans les groupes qui se font snobs et ellitistes, ils finissent tous par se ressembler dangeureusement, comme s'ils étaient fabriqués sur le même moule. Les discussions n'ont pas lieu, parce qu'ils pensent tous de la même manière, pas de place à la discussion ou aux débats, tout le monde s'entend.
Une autre remarque, ce racisme païen témoigne aussi souvent d'une peur des catégories, une peur des stéréotypes et des présomptions. Les Asatruars refusent de se déclarer néo-païens, car pour eux, un néo-païen est un Wicca. Ils ont peur de ci parce que X ou Y. Ils ne veulent pas qu'un oeil extérieur les catégorise, préfèrent donc se catégoriser eux-mêmes. Et tant pis pour ceux qui ne pensent pas pareil : ils ne sont pas "des vrais".
Je trouve que cela dépeint le triste portrait d'une religion. Est-ce que cela vient en kit? Voici la liste de ce vous ne DEVEZ PAS être pour rejoindre l'Asatru. Mais peut-on mettre des étiquettes sur ce qu'il y a dans le coeur?
C'est un débat interminable qui ne fait que générer des peurs enfouies dans l'inconscient. Je pense que le questionnement soulevé par l'importance de la descendance et le lien avec les ancêtres peut-être très enrichissant, aucun doute là-dessus. Ce qui me gêne, c'est quand les autres se questionnent à ma place.
Vivre et laissez vivre.