Article de Jean Markale ( Long)

Venez vous détendre, échanger dans cette section en langue française sur le thème du druidisme et du paganisme. Pour une question, pour partager ou pour échanger, prenez un instant pour vous présenter, vous réchauffer auprès de notre feu, dans une ambiance conviviale et chaleureuse.

Article de Jean Markale ( Long)

Postby Creirwy Arianrod du Nord » 13 Dec 2005, 16:57

Glané sur un autre forum...

Moments d'Histoire


Antiquité
Druides : pour en finir avec le folklore

Les historiens grecs et romains, les romantiques du XIXe siècle et, plus près de nous, les auteurs de bandes dessinées ont véhiculé une image des confrères d'Assurancetourix bien éloignée de ce que l'archéologie a révélé depuis...

Par Jean Markale


Depuis la fin du XVIIIe siècle, époque de celtomanie galopante, les druides, à peu près oubliés ou méprisés par l'histoire officielle, ont fait une fulgurante réapparition chez les intellectuels d'Europe occidentale avides de redécouvrir les racines profondes de leur culture. Mais, à cause d'un manque d'informations précises et surtout à la faveur d'un enthousiasme quelque peu délirant, cette redécouverte s'est opérée de façon presque caricaturale.

Ainsi se sont répandues les images stéréotypées de druides, vêtus de robes blanches, sacrifiant des victimes sur les dolmens, de « druidesses » échevelées prononçant leurs invocations sur des rochers, au bord de la mer, afin, selon les circonstances, de provoquer des tempêtes ou de les apaiser par leurs incantations. Dans ce domaine, le Breton Chateaubriand, avec sa prêtresse Velléda des Martyrs, et l'Ecossais Macpherson (1736-1796) avec ses Poèmes d'Ossian, ont une large part de responsabilité, aussi bien que La Tour d'Auvergne, premier grenadier de France, mais également antiquaire, comme on appelait les archéologues de l'époque, et le grammairien philologue Jacques Le Brigant (1720-1805) qui prétendait que la langue bretonne était celle qui avait été parlée au paradis terrestre.

Tout vient du fait qu'on croyait alors que ce qui précédait les Romains était gaulois, donc celtique. Les dolmens et les menhirs, qui abondaient dans toute l'Europe occidentale, particulièrement en Bretagne, ne pouvaient être que des vestiges gaulois, et bien entendu avoir été érigés dans un but religieux. C'est ainsi que les dolmens sont devenus « les autels des druides », sur lesquels ces prêtres de l'ancien temps, autrement dit des temps barbares, immolaient des victimes humaines en l'honneur de leurs dieux. L'imagerie populaire, répandue ensuite par l'intermédiaire des manuels scolaires, a fait le reste, et les premiers panneaux touristiques ont répercuté cette idée fausse partout où se dressaient des monuments mégalithiques. Les druides ne pouvaient plus être dissociés des dolmens et des menhirs.

Il a fallu beaucoup de temps pour que, grâce à des méthodes de datation de plus en plus sophistiquées, on comprenne enfin que ces monuments, autour desquels s'étaient développées les légendes les plus fantastiques, n'étaient pas l'oeuvre des Celtes, mais de populations antérieures dont on ne connaît rien d'autre que ces impressionnants et mystérieux vestiges. Les monuments mégalithiques ont en effet été érigés à l'époque néolithique, entre le VIe et le IIe millénaire avant notre ère, alors que les peuples dits celtes n'ont fait leur apparition dans l'histoire qu'à partir de 700 av. J.-C. Les Celtes n'ont jamais taillé de menhirs ni construit de dolmens, même s'ils ont réutilisé certains sites considérés comme sacrés, et s'ils y ont souvent localisé les légendes concernant leurs dieux et leurs héros. Pourtant, l'image du druide officiant sur une table de dolmen a perduré longtemps dans l'imaginaire. Cette image repose en grande partie sur la description transmise par Pline l'Ancien (23-79 apr. J.-C.) d'un des rares rituels druidiques que nous connaissions, celui de la fameuse cueillette du gui, et surtout sur l'interprétation erronée qu'on en a faite.

Pline raconte qu'à une certaine époque de l'année, marquée par une des phases de la Lune, mais qui n'est pas forcément au solstice d'hiver, les druides, revêtus d'une robe blanche, et pieds nus, montent dans un chêne et cueillent le gui avec une faucille d'or, la plante étant recueillie dans un linge blanc tenu par des jeunes filles. Pline en profite pour affirmer que le nom des druides vient du grec drus, signifiant « chêne ». Ainsi est née la croyance que le druide était « l'homme du chêne ».

Il faut pourtant remettre toute cette description en question, car on en oublie généralement certains détails. Premier point : il est impossible de couper quoi que ce soit avec un outil en or pur, car c'est un métal mou. Il faut donc rectifier et imaginer une faucille en bronze, ou en fer, recouverte d'une feuille d'or. Le deuxième point concerne le chêne : le gui ne pousse que sur une infime variété de chênes ; on le trouve plus souvent sur les peupliers et les pommiers. Mais Pline précise : « sur un chêne, ou tout autre arbre pris symboliquement comme un chêne ». La cause est donc entendue, mais le symbole du chêne, considéré dans l'Antiquité comme l'Arbre de la Divinité, est si important que cette attribution a supplanté toute référence à la réalité. Troisième point : l'étymologie du mot « druide » proposée par Pline est fausse. D'ailleurs, les Celtes n'avaient certainement pas besoin de recourir à la langue grecque pour nommer leurs prêtres ; les études linguistiques les plus récentes montrent qu'il suffit de décomposer le mot en deux termes d'origine indo-européenne, dru et ide . Le premier terme est un superlatif signifiant « très ». Le second est apparenté à la racine qui a donné le grec idein et le latin videre (« voir »). Le druide est donc le « très voyant », ou le « très savant », ce qui correspond exactement à la fonction qu'il occupe.

Cette référence au chêne n'est pourtant pas due au hasard. On sait maintenant que les liturgies druidiques, bien qu'elles demeurent inconnues, étaient célébrées à l'écart des habitations, en plein coeur des forêts, dans une clairière, le nemeton, endroit symbolique où convergeaient les forces telluriques et cosmiques, où se réalisait donc l'union entre le visible et l'invisible, celui-ci étant contenu dans le terme nem, « sacré », « céleste », qu'on retrouve dans le mot latin nemus, désignant un bois sacré, et dans le nom de l'antique forêt bretonne du Nevet, près de Locronan (Finistère). De plus, dans toutes les langues celtiques, les termes qui signifient « science », « sagesse », « connaissance », proviennent de la même racine que le terme qui désigne le bois, ou le végétal d'une façon générale, en l'occurrence vidu, ce qui n'est pas sans rapport avec le verbe latin videre .

L'image du druide vêtu d'une robe blanche est tout aussi tenace, mais rien ne prouve que les druides portaient des habits distinctifs. Les fouilles les plus récentes, notamment dans les pays d'Europe centrale, où l'on a pu repérer soit des habitations, soit des tombes de druides, montrent en effet que leur habillement et leur mobilier ne différaient en rien de ceux des autres membres de la collectivité à laquelle ils appartenaient. Tout au plus portaient-ils des ornements, généralement en or, des torques en particulier, qui étaient la marque visible de leur rang dans la hiérarchie du groupe. On sait, grâce à La Guerre des Gaules de Jules César, qui demeure, quoi qu'on en ait dit, le meilleur informateur sur les moeurs des Gaulois du temps de l'indépendance, que les druides constituaient une classe privilégiée dans la société celtique, même par rapport à la classe de ceux que le proconsul romain appelle les equites, c'est-à-dire les cavaliers, parmi lesquels se recrutaient les chefs temporels, rois ou magistrats. Ces privilèges sont encore signalés dans les épopées irlandaises transcrites par les moines chrétiens du haut Moyen Age : dans une assemblée, aucun guerrier ne peut prendre la parole avant le roi, mais le roi ne peut parler qu'après le druide. C'est la preuve de la primauté du spirituel sur le temporel.

Ce qu'on appelle maintenant le druidisme était incontestablement une religion organisée et fortement structurée de type indo-européen. Les druides sont, comme l'a si bien démontré Georges Dumézil, les équivalents des brahmanes indiens et des flamines romains, mais avec de notables différences. Les brahmanes constituent une caste fermée : on ne devient pas brahmane, on l'est par sa naissance. Les flamines, eux, forment des collèges et ils y sont amenés par cooptation. Mais n'importe qui, quelle que soit sa classe d'origine, peut devenir druide, à condition d'avoir suivi un enseignement rigoureux et très long. César est formel sur ce point quand il dit que « les druides enseignent les jeunes gens » dans des sortes de collèges situés en pleine forêt, et que les études, toutes fondées sur l'oralité, nécessitent une vingtaine d'années d'apprentissage. Au cours de ces années, les disciples apprennent par coeur, sous forme de vers, l'essentiel de la tradition. Mais il arrive souvent que les élèves abandonnent leurs études : seuls demeurent les plus doués et les plus tenaces. Cela est confirmé par certaines épopées irlandaises dans lesquelles un druide se plaint d'avoir eu au départ beaucoup de disciples et que, d'année en année, leur nombre diminue. C'est en tout cas l'affirmation que l'on ne peut être druide que si l'on remplit les conditions les plus rigoureuses pour parvenir à la connaissance.

Tous les auteurs de l'Antiquité ont rendu un vibrant hommage à la science des druides. Grâce à eux, nous savons qu'ils sont à la fois des prêtres, des philosophes, des « mages », des prophètes, des médecins, des enseignants, mais également des juristes, des conseillers politiques et des ambassadeurs auprès des nations étrangères. Ainsi le Romain Cicéron (106-43 av. J.-C.) affirme-t-il très haut son admiration pour le druide éduen Diviciacos, qu'il a reçu chez lui et avec qui il a longuement conversé sur le monde visible (les sciences de la nature) et sur le monde invisible (les spéculations intellectuelles et métaphysiques). D'ailleurs, nombreux sont les auteurs grecs et latins à avoir émis l'idée que l'enseignement des druides était sinon identique du moins analogue à celui dispensé par le mathématicien et astronome grec Pythagore (Ve siècle av. J.-C.), ce qui constituait alors une référence indiscutable, même s'ils n'en comprenaient pas toujours la portée réelle, peu compatible avec la philosophie méditerranéenne.

Les druides forment donc une élite intellectuelle de premier ordre, qui ne peut subsister en dehors d'une société de type celtique. Il existe effet une sorte de dyarchie à la tête d'un royaume ou d'une simple tribu celte : il ne peut y avoir de druide sans roi, mais inversement, il n'y a pas de roi sans druide. On retrouve ici un concept indo-européen ancien, symbolisé dans la tradition védique par le couple Mitra-Varuna : Mitra est le dieu des contrats, le garant de la société, le distributeur des richesses communes ; Varuna est le dieu magicien, maître des forces spirituelles ou occultes, celui qui dérange sans aucun doute la société mais qui, en même temps, la fait évoluer en lui procurant de nouvelles ressources. Dans les épopées médiévales, l'exemple le plus frappant et le plus connu de ce couple primordial est constitué par l'alliance du roi Arthur avec l'enchanteur Merlin. Dans la société celtique païenne, tout repose donc sur la double responsabilité du druide et du roi. Dans la société celtique christianisée, l'abbé-évêque remplace le druide, mais la société n'en a pas pour autant changé de structures.

C'est dire le rôle essentiel mais complexe du druide, à la fois religieux, intellectuel et social. Aucun acte public ne peut se faire sans sa présence. Chez les Galates d'Asie Mineure, ce peuple celte rescapé d'une expédition manquée dans les Balkans, chaque fois que des décisions importantes doivent être prises, les chefs, les guerriers et les druides se réunissent dans un drunemeton, littéralement « très grand sanctuaire », ce qui montre bien l'alliance entre les pouvoirs temporel et spirituel. Aucune sentence ne peut être prononcée sans la présence d'un druide. Les contrats passés devant lui sont considérés comme étant passés devant la divinité elle-même et prennent une valeur contraignante. Rompre un contrat devient un acte sacrilège et expose son auteur à une exclusion du groupe social, voire à des maux physiques d'origine divine. Quant aux cérémonies religieuses, elles ne peuvent évidemment pas se dérouler sans la présence d'un druide, ou d'un membre de la classe sacerdotale, que ce soit un druide proprement dit (le haut de la hiérarchie), un prophète ou un sacrificateur, voire un barde, c'est-à-dire un poète ou un historiographe dépositaire de la tradition.

En principe, on compte un druide par tribu. Ils forment une classe internationale et se répartissent, selon leurs origines, chez tous les peuples qui professent la même religion. On sait, par César, que chaque année, les druides de toute la Gaule se réunissent dans un sanctuaire situé dans la forêt des Carnutes, entre Chartres et Orléans. Le même César nous indique que le druidisme est originaire de l'île de Bretagne. Cela n'est certes pas prouvé, mais Tacite (55-120 apr. J.-C.) y fait référence, dans sa Vie d'Agricola, à propos du massacre opéré au Ier siècle de notre ère par les légions romaines dans l'île de Mona, l'actuelle Anglesey (au nord du pays de Galles), où se trouvait une importante communauté de druides qui encourageaient ouvertement la rébellion armée contre l'occupant romain.

On a donc de nombreuses informations sur le rôle social des druides : ils vivent au sein du groupe auquel ils sont rattachés et, n'étant ni producteurs, éleveurs ou chasseurs, ils sont entretenus par la communauté. Leurs sanctuaires, nemeton, sont éloignés des habitations ; parfois délimités par des piliers en bois, ils forment une enceinte sacrée, vraisemblablement à ciel ouvert, dont il ne reste malheureusement aucun vestige. Les druides y officient, mais que se passe-t-il dans ces temples obscurs que certains auteurs ont décrits comme terrifiants ? Cela, nous l'ignorons.

Car si nous sommes bien renseignés sur les druides eux-mêmes et leurs fonctions, il n'en est pas de même de la doctrine et des rituels dont ils sont les tenants. Dans les textes anciens, on ne trouve que de brèves allusions à leur enseignement. Ce qui apparaît le plus clairement, c'est la croyance en l'immortalité de l'âme - ce qui scandalise les Grecs et les Romains -, et en la réincarnation, soit dans ce monde, soit dans un univers invisible à nos yeux. Cela expliquerait la facilité avec laquelle les Celtes, notamment les Irlandais, ont pu se convertir au christianisme. D'autres allusions, soit dans les textes de l'Antiquité, soit dans les épopées irlandaises les plus archaïques, permettent de penser qu'en définitive la croyance druidique était centrée autour du concept d'un dieu unique, inconnaissable, incommunicable et innommable, mais représenté concrètement sous divers aspects fonctionnels par des êtres divins ou supposés tels, et affublés d'une épithète, tel Bélénos, le « brillant », ou Teutatès, le « père du peuple », ou encore Brigit, la « puissante », ou la « haute ». L'esprit humain a besoin de se référer à des images concrètes pour faire passer un message qui, sans cela, demeurerait incompréhensible.

De toute façon, il est impossible de douter une seule seconde du caractère spiritualiste de la religion des druides. Si les affirmations de César demeurent quelque peu ambiguës quand il dit que, selon les druides, « les âmes ne périssent point mais passent après la mort d'un corps dans un autre » (VI, 14), le poète latin Lucain (39-65 apr. J.-C.), dans son épopée historique, La Pharsale, est beaucoup plus précis : « La mort n'est que le milieu d'une longue vie. » Et il ajoute : « Les ombres ne gagnent pas le séjour silencieux de l'Erèbe et les pâles royaumes de Dis, le même esprit gouverne un autre corps dans un autre monde. » Il en est de même pour le géographe romain Pomponius Mela (Ier siècle apr. J.-C.) : « Les âmes sont immortelles et il y a une autre vie chez les morts. » C'est évidemment très vague, mais cela paraît une preuve indéniable de la croyance en l'immortalité de l'âme dans la religion druidique.

On attribue très souvent aux druides des pouvoirs magiques. Il est vrai qu'ils ont emprunté bien des éléments de leur religion aux coutumes des peuples que les Celtes ont conquis et assimilés. Leur médecine en est certainement un reflet. Ils guérissent les malades par des plantes, c'est certain, mais parfois par des incantations et des rituels dont on ne sait quasiment rien. Avec le gui coupé dans les conditions décrites par Pline l'Ancien, ils composaient une sorte de « potion magique », autrement dit une sorte de remède universel. Quelle en était l'efficacité ? C'est une autre histoire. Et lorsque l'institution druidique a décliné, à la fois à cause de l'interdiction qui leur avait été faite par les Romains d'enseigner leur doctrine, et à la suite de la christianisation, les druides sont passés au rang de guérisseurs, de devins, de rebouteux, de « sorciers de village ».

Là aussi, c'est une autre histoire, mais elle prouve que le druidisme, qui n'était transmis qu'oralement, a complètement disparu et qu'on en retrouvera jamais la doctrine, pas plus que les rituels.



--------------------------------------------------------------------------------
Spécialiste du monde celtique et du cycle arturien, Jean Markale est, entre autres, l'auteur de l' Histoire de la Bretagne (4 volumes), du Cycle du Graal (8 volumes) et de La Grande Epopée des Celtes (5 volumes), tous aux éditions Pygmalion. Il vient de publier Druides et chamanes chez le même éditeur.
--------------------------------------------------------------------------------

Les serpes

Pour couper le gui, les druides se servent d'une serpe d'or, dit la tradition. Il est impossible de couper quoi que ce soit avec un métal aussi mou que l'or.



Idées fausses

Les livres de classe ont pendant des années donné aux enfants des informations erronées sur les druides.



Les dolmens

Ce sont prétendument « les autels des druides » sur lesquels étaient pratiqués des sacrifices humains. C'étaient en fait des chambres mortuaires.



Les menhirs

Comme les dolmens, ils sont associés aux Celtes. Or ils datent du néolithique (entre le VIe et le IIe millénaire). Les peuples celtes n'apparaissent qu'au VIIe siècle avant notre ère.



Druides et chamanes, des cousins éloignés

Contrairement au druidisme, institutionnalisé et hiérarchisé, ce qu'on appelle le chamanisme n'est pas une religion. Cette dénomination, d'ailleurs assez discutable, désigne un ensemble de croyances et de pratiques rituelles et psychiques qui sont répandues, encore de nos jours, sur une aire extrêmement vaste comprenant non seulement l'Europe du Nord et la grande plaine sibérienne mais également une grande partie de l'Amérique.
Les pratiques observées dans ces diverses régions ne paraissent pas avoir de lien formel entre elles, et pourtant on y distingue des constantes. Il s'agit avant tout de méthodes ancestrales, transmises de génération en génération, destinées à équilibrer une société vivant encore dans des conditions archaïques. Les officiants, qu'on appelle des chamanes, sont avant tout des « hommes-médecines » chargés de veiller à la santé psychique et physique du groupe auquel ils appartiennent. Ils n'enseignent aucune doctrine et ne font qu'appliquer des recettes qui leur viennent du fond des âges. Et s'il n'existe pas de hiérarchie entre eux, l'initiation d'un nouveau chamane ne peut se faire que grâce à l'aide d'un « maître », reconnu comme tel grâce à son expérience, ce qui suppose la transmission d'une tradition établie, même si elle demeure très floue.
On relève dans ces techniques la volonté de « décrocher » du réel pour atteindre un état d'extase où tout devient possible. Une maladie est censée provenir du fait que l'âme du malade s'est égarée loin de son corps. C'est alors que le chamane intervient : il va chercher cette âme où elle se trouve et tente de la ramener. De même, par des méthodes qui combinent rituels magiques et utilisation de plantes hallucinogènes, il s'efforcera de pénétrer le monde invisible et de se mettre en contact avec les divinités protectrices. Car, dans la tradition chamanique, il est dit qu'autrefois existait un pont qui reliait le Ciel et la Terre, mais que, par suite de circonstances inconnues, ce pont a été rompu, ou tout au moins est devenu inaccessible, sauf pour des initiés capables de supporter les épreuves qui l'attendent dans son voyage extatique. Ainsi peut-on mettre en parallèle ce voyage chamanique avec des récits d'origine celtique de navigations plus ou moins fantastiques vers des pays où vivent les dieux, les fées et les héros de l'ancien temps. Ce rapprochement suppose donc une influence d'un chamanisme très ancien sur les croyances observées dans la religion druidique et conservées dans les épopées celtiques ou d'origine celtique. Mais là s'arrête la comparaison. Le druidisme n'existe plus depuis vingt siècles tandis que le chamanisme est toujours pratiqué. Certes, le druide paraît avoir été un personnage doué de certains pouvoirs qui relèvent de la magie, mais toujours dans un cadre religieux, avec des motivations spirituelles, tandis que le chamane est davantage un praticien qu'un théoricien. Le chamanisme repose en effet sur une maîtrise spécifique du psychisme, cela par des moyens qui sont autant mentaux que physiques. Pour le chamane, l'esprit humain, dans certaines conditions, est capable de quitter le corps et de s'en aller rôder dans les zones les plus obscures et les plus lointaines, celles du monde invisible. Mais il faut avoir la possibilité de revenir et de réintégrer le corps : c'est pourquoi, dans ses premières expériences, l'apprenti chamane se fait toujours épauler par un maître. Lorsqu'il se livre à ce voyage, le chamane se met en état d'extase, pour ne pas dire de catalepsie. Il demeure allongé dans sa hutte, inanimé, apparemment inconscient. On ne doit pas le déranger, car son esprit risquerait de ne pas retrouver le chemin du retour. Une fois sorti de cet état « second », il peut raconter ce qu'il a fait, ce qu'il a vu et entendu. Pour en arriver là, il faut être assuré d'une technique parfaite qui relève autant de l'autosuggestion que de l'hypnose. On possède de nombreux témoignages sur les effets de cette transe qui permet au chamane d'atteindre ce qui est inaccessible au commun des mortels.
User avatar
Creirwy Arianrod du Nord
 
Posts: 749
Joined: 17 May 2005, 14:17
Location: Bellefeuille, Québec, Canada

Postby DJ Droood » 13 Dec 2005, 17:09

Jean Markale is my favourite writer on druid matters...but this article is too long to feed into my translator :(
ImageImageImage
2010 LI
2011 LI
2013 BS
Image
12/10-Ancestors
"If organized religion is the opium of the masses, then disorganized religion is the marijuana of the lunatic fringe."
Kerry Thornley
User avatar
DJ Droood
 
Posts: 5357
Joined: 02 Feb 2003, 18:52
Location: North Eastern North America
Gender: Male

Postby Creirwy Arianrod du Nord » 13 Dec 2005, 17:11

Peut-être que je pourrais traduire à temps perdu et revenir ici dans quelques temps avec la version traduite? J'ai déjà traduit du français à l'anglais et vice versa...

Je vais voir ce que je peux faire... :wink:
User avatar
Creirwy Arianrod du Nord
 
Posts: 749
Joined: 17 May 2005, 14:17
Location: Bellefeuille, Québec, Canada

Postby Seko » 20 Dec 2005, 15:04

Alors la traduction? :wink: ( Après les fêtes sans doute, hein? :wink: )

Merci d'avoir posté cet article... Il vaut la peine d'être lu.
User avatar
Seko
OBOD Ovate
 
Posts: 422
Age: 38
Joined: 03 Feb 2004, 20:24
Location: Lànon Argantaðiras
Gender: Male

Postby Faydra » 20 Dec 2005, 15:11

Merci Creirwy!
User avatar
Faydra
 
Posts: 302
Joined: 23 Aug 2005, 21:01
Location: Saint-Basile le Grand, Québec Canada

Postby Creirwy Arianrod du Nord » 20 Dec 2005, 15:16

Alors la traduction? ( Après les fêtes sans doute, hein? )


:oops: Oui, effectivement. :wink: :D

À Seko et Faydra; ça fait plaisir! :D :grin:
User avatar
Creirwy Arianrod du Nord
 
Posts: 749
Joined: 17 May 2005, 14:17
Location: Bellefeuille, Québec, Canada

Postby Cogan » 03 Jan 2006, 18:33

Ah Markale, je suis en train de lire son livre, Druides et Chamanes. J'ai eu la chance de le rencontrer et même s'il se dit sévère avec les druidisants d'aujourd'hui il nous est bien utile et c'est un type trés agréable.
Cogan
User avatar
Cogan
 
Posts: 35
Joined: 24 Nov 2005, 15:30
Location: Limousin (Occitania)


Return to Au Coin du Feu

Who is online

Users browsing this forum: No registered users and 2 guests

cron