Mon poème du jour en l'honneur des plantigrades pyrénnéens :
GEIS POUR NOS OURS
Ingratitude des Vasconi au versant des montagnes, femmes vieilles aux entrailles amères, sombre carence de tout l’honneur des hommes.
Maudits êtes-vous d’avoir occis le Roi !
Etes-vous oublieux de ceux que vous lâchiez dans le temps des batailles,
Dispersant au gué de vos rivières l’armée des fils de Don ?
Jadis leurs mâchoires brisaient, feuilles-lames d’airain, l’avant-garde des Celtes.
Entrés en vos vallées, l’Ours vous faisait abri de sa chaude toison, protecteur tutélaire, veilleur dessous l’Étoile.
Malheur à qui en foire vend sa mère, ose serrer les fers au collier de son père !
Vrai, tous vos fils vous fuiront, vos foyers s’éteindront. Et sur le banc de pierre au seuil de vos maisons, croîtront sans jardinier la ronce et le figuier.
Mais celui dont l’œil brille à cette évocation, connaissant les secrets de la perte et du don, formera sur vos lieux neuve génération. Embrassant une bûche, ravivant le brasier, il bénira rochers et torrents et forêts. Contemplant le matin, il saluera en frère le corbeau, la belette ; Et le brun tout dressé, notre Arthur souverain vociférant son nom dans la fraîcheur de l’aube.
Et vous, hommes-machines à jamais oubliés, vous n’aurez pas de tombes. Vos os carbonisés, vos cendres dispersées seront les fleurs sauvages qui finissent en miel.
Ainsi j’ai dit.

MORINOS
