Dieu Existe-t-il?

par Penny Billington

Traduction Dany Seignabou 

« Dieu existe-t-il ? » Interrogez une centaine de druides et vous obtiendrez certainement une centaine de réponses différentes. Il est donc utile de commencer en abordant deux questions. Premièrement : « Quelle sorte de personne devient Druide ? »

« La  réponse est facile », avaient coutume de répondre nos bardes d’antan. Nous sommes ceux qui souhaitent explorer leur spiritualité à travers la nature. Et deuxièmement : « Le Druidisme est-il une religion ? » Si l’on entend par là l’appartenance à une organisation reconnue, avec  dogmes et  système de croyances auxquels les membres doivent souscrire… non. Mais nombreux sont les druides qui considèrent le Druidisme comme une religion donc pour un druide, la définition ainsi que la relation avec un ou plusieurs dieux proviennent d’un contexte bien particulier. Procédons en  l’examinant.

L’exploration des connexions spirituelles à travers le paysage entraine chaque druide dans un cheminement personnel durant lequel il tire ses propres conclusions concernant la déité. Le point de départ de ce cheminement passe par la reconnaissance du royaume spirituel : l’acceptation de forces qui ne peuvent être expliquées par le monde de nos cinq sens. Reporter ceci au monde réel de la nature avec ses myriades de modes d’expressions de cette mystérieuse qualité que l’on appelle « la vie » nous amène à comprendre le trait commun au sein de la diversité. Nous savons intuitivement qu’il existe un modèle que notre cerveau n’est pas capable de percevoir, mais que nous reconnaissons d’une manière subtile ; et nous observons que chaque chose vivante se développe conformément aux lois naturelles qui dictent sa taille, sa forme, son système reproductif, etc.

Mais, bien évidemment, les amoureux de la nature font la même chose sans pour autant se considérer druide. Pour que le mot « Druide » prenne un sens, nous assumons en partie le rôle de ces anciens prêtres indigènes qui fleurissaient à l’âge de fer britannique : nous recherchons, dans le but de la comprendre, quelle mentalité était celle de nos ancêtres. Nous sommes des romantiques, attirés d’abord par le prestige des contes anciens, séduits par l’idéal de l’homme équilibré et possédant une profonde compréhension de son pays natal ; et nous écartons toute adéquation à un nationalisme de forme grossière, car dans le monde moderne, nous sommes tous de potentiels vagabonds du village global. Dans le monde entier,  des druides créent une connexion avec un pays loin de leur pays de naissance, et l’esprit de la terre y est sensible et accepte tous ceux ayant l’instinct d’agir ainsi.

Lorsque nous observons nos ancêtres Druides, nous découvrons qu’ils étaient respectés en tant que juges et prêtres, devins, compétents dans les traditions des herbes et des étoiles, toutes les sciences naturelles. Le merveilleux art sinueux et les riches décorations de la culture de l’âge de fer  impliquent l’amour de la diversité de la vie ; et le message est clair. Nous sommes ici pour comprendre et utiliser les richesses de la terre, avec respect, et pour célébrer notre état d’humain, et non dans le but de le transcender.

Nous possédons des indices de l’ancienne pensée spirituelle, par le biais de l’archéologie et des vestiges de monuments dans le paysage, par les écrits des commentateurs antiques et les murmures de l’histoire ancienne qui résonnent encore à travers les plus anciens manuscrits  – de poésie, d’histoires et de mythologie. Quels témoignages des croyances anciennes représentaient les ex-voto placés dans l’eau ? Quelles sont les leçons des plus anciens animaux mythiques ? Comment et pourquoi les anciens bâtisseurs faisaient-ils référence aux directions et aux schémas trouvés dans le ciel ? Grâce à l’étude, la conjecture et la pratique, nous poursuivons une voie résultant de l’expérience.

La plupart des druides diront qu’observer consciemment avec une intention spirituelle le monde naturel – marcher dans les bois, observer un coucher de soleil – développe en nous un sentiment de profonde confiance en l’harmonie essentielle du tout dont nous faisons partie. Nous sentons qu’au-delà de notre compréhension rationnelle se trouve la clef de ce modèle ; qu’il existe une force créative et que notre monde est cohérent et non pas chaotique. Et  cette essence créative, avec son irrésistible besoin de s’exprimer de millions de manières différentes, est ce qui nous rapproche le plus de pouvoir  définir l’inexprimable – la déité. Les Druides d’antan étaient censés pouvoir manipuler les conditions météorologiques et ils conjuraient la brume pour confondre leurs ennemis, et tenter d’explorer les grands mystères de la vie – « Dieu existe-t-il ? » d’une manière rationnelle, est l’équivalent d’un vagabondage sans boussole dans la brume. Toutes tentatives de définir la « vérité » sur ce qui existe dans les royaumes du mystère profond sont vouées à l’échec ; nous ne sommes tout simplement pas  équipés de manière adéquate pour y parvenir.

Tout ce que nous pouvons dire est que nous sommes en mesure de développer à partir de nos expériences une compréhension des schémas du monde et de l’univers. Si nous avons l’impression que c’est comme si tout émanait d’une pulsion créative cohérente, cela implique alors l’existence de la déité – et, dans une réflexion cosmique de la nature, que la déité peut se manifester de plusieurs manières. Et lorsque nous agissons comme si les Dieux existaient, les événements dans notre monde semblent répondre comme si c’était vrai. Seul un ou une fantaisiste persiste dans une vision du monde qui n’est pas démontrée par son expérience dans la « vie réelle », et seul un fantaisiste confond les événements dans le monde des cinq sens avec ceux des royaumes de l’imaginaire ; mais, à l’intérieur des limites de la réalité physique acceptée, la plupart des druides ont des exemples de petits ou de grands événements  merveilleux, qui semblent corroborer notre vue du monde.

Un fait merveilleux peut-il être petit ? Oui,  c’est même la pierre angulaire du Druidisme ; concentrer notre attention sur de simples événements quotidiens qui montrent que la vie est une voie magique. Nous entretenons une relation avec le monde et considérons que chaque aspect de la nature possède un esprit : chaque arbre, chaque colline, chaque ruisseau. Et si chaque chose possède un esprit, nous pouvons établir une connexion. Si nous pouvons avoir un dialogue, nous pouvons interagir. Mais alors que nous abordons la vie d’une manière magique, ce n’est jamais d’une manière manipulatrice ou en « commandant » à un monde qui est obligé de nous répondre. Au contraire, c’est nous qui nous sensibilisons et qui nous harmonisons avec les marées de la vie et c’est lorsque nous vivons plus harmonieusement que les synchronicités se produisent. Ouvrir votre fenêtre au moment où un rouge-gorge chante ne signifie pas qu’il chante pour vous ; pourtant le moment choisi est magique, il a une signification personnelle et vous vous sentez béni  par cette connexion. Puis, en personne responsable, vous continuez votre vie de tous les jours, le travail, les enfants, la lessive. Pas d’évasion hors du monde réel, uniquement un enrichissement de ce monde. Tout ce qu’il nous suffit de faire est de porter notre attention sur le  monde naturel – présent même au cœur de la ville – et de commencer à voir.

Donc notre mot de passe est « connexion », et non pas « culte ». Cet esprit créatif est présent telle notre propre étincelle de Dieu/Déesse/Dieux en nous tous – mais nous ne voulons pas être idolâtrés par les autres. Nous voulons qu’ils nous respectent, qu’ils entrent en contact avec nous si nos chemins se croisent, nous voulons communiquer. C’est tout simplement une question de politesse entre des formes de vie douées de sens de manières différentes. La compréhension, que possédaient nos ancêtres proches, de cette vérité est à l’origine de la superstition qui veut par exemple que certains arbres soient amicaux pour les hommes alors que d’autres leur sont hostiles ; que ceux avec des ruches doivent régulièrement « raconter aux abeilles » les nouvelles de la famille sous peine de les voir essaimer.

Il existe une prière des Druides largement utilisée dans le monde par un grand nombre de groupes différents. Nous y faisons, à la fin, référence à la Déité et c’est le moment lorsque le mélange des voix de nombreux druides se dissipe dans un son similaire au bourdonnement d’une abeille, pendant que nous choisissons discrètement le mot qui nous convient…

« L’amour de (Dieu/Déesse/Esprit/autre mot) et de toute bonté. »

Ce « bourdonnement » est le plus grand accomplissement du Druidisme. Bien que  tous connectés par une idéologie qui révère la terre et qui célèbre notre place en son sein, nous conservons le droit absolu à l’autonomie dans la manière d’imaginer la Déité, et dans la façon de nous relier à elle. Je considère cela comme un don fait à un monde troublé par l’intolérance religieuse ; c’est une preuve de maturité pour les temps à venir. Et à l’heure où les problèmes liés à l’environnement continuent de s’aggraver, cela semble de plus en plus pertinent : une spiritualité enracinée dans le respect du monde naturel, qui révère une déité sans motifs cachés, mais qui est à l’écoute et toujours sensible à l’harmonie de base de la nature.

S’il existe un Dieu qui éprouve un réel intérêt personnel pour chacun d’entre nous, alors je pense qu’il ou elle s’inquiétera moins de nos conclusions confuses sur ces questions  que de l’intention avec laquelle nous vivons nos vies.

Autour de nous est un monde habité d’esprits  n’attendant que notre contact. La vision de ses moments cinématographiques les plus glorieux — la lune  au-dessus de la mer et l’éclat brûlant des étoiles — produit simultanément deux effets sur nous. Le premier nous indique clairement notre place dans le plus grand ordre des choses ; nous sommes minuscules. Mais cela nous mène, d’une manière plutôt merveilleuse, au deuxième effet : la prise de conscience de notre propre insignifiance ne nous diminue pas ; au contraire, cette reconnaissance est une invitation et une permission d’étendre notre sens de nous-mêmes à la merveille que nous contemplons. Le principe de création, ou déité, le modèle et le plan nous inspirent également à la créativité, à utiliser au maximum notre potentiel, à cocréer notre propre monde en harmonie avec ce que nous voyons. À nous engager d’une manière éthique, responsable, durable, meilleure. Et nous sommes de nous-mêmes arrivés à cette conclusion, sans gourous, instructions ou dogmes, mais à travers l’expérience. Ce réflexe pourrait être « l’étincelle de Dieu à l’intérieur » travaillant en nous. Et une pratique spirituelle qui encourage un développement dans le but d’obtenir le meilleur de nous-mêmes justifie pleinement la voie du Druidisme.

Penny Billington est l'auteur de The Path of Druidry